
Rencontré Mine
Paroles et musique
À l’adolescence, nouvellement déménagée « en ville », j’ai croisé des compagnes de classe, des copains,
des amies, puis mon premier amoureux. Toutes ces nouvelles rencontres ont façonné ma vie, de belle façon, au quotidien.

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Chapitre 2 - La vie de banlieue (1964-1972)
Expo 67 (1967) extrait...
L’Expo avait ouvert ses portes du 28 avril au 27 octobre 1967. Six mois de visiteurs à l’Expo et à la maison! Comme j’avais une belle chambre, avec un lit double, située au rez-de-chaussée juste à côté de la salle de bain, c’était parfait pour tous ceux qui revenaient de Terre des Hommes plus souvent qu’autrement la nuit, après le feu d’artifice et qui démontraient à peu près tous une même constante : ils arrivaient fatigués et éméchés. Durant ces mois d’effervescence, on m’avait improvisé une chambrette dans la salle de lavage au sous-sol. Je pouvais m’y retirer discrètement pour étudier ou dormir sur un grabat pas trop rembourré, dans un « coqueron » qui n’avait comme témoins que la fournaise, la laveuse et la sécheuse. À partir du premier jour de l’Expo, les familles Poirier et Bolduc ont respecté un calendrier assez serré afin de permettre à tous de profiter du pied-à-terre qu’on leur offrait à moins de 20 minutes de l’île Sainte-Hélène. Maman avait tôt fait de maîtriser les petits lunchs vite concoctés sur le bout de la table, les horaires d’autobus et de métro, tous les mouvements de foule, les points forts et les points faibles de cette grande organisation. Tout au long de cette période, elle a collectionné avec frénésie les estampes qu’on appliquait dans nos passeports et les capsules de bouteilles de bière représentant tous les pavillons de l’Expo. C’était quasiment une compétition entre nous.
À toutes les semaines, l’Expo faisait une grande place aux artistes et spectacles d’envergure. J’ai souvenir d’un soir où Gilles Vigneault avait donné un méga spectacle à la Place des Nations. Nous nous étions tous donné rendez-vous au pied de la grande scène à 19 h 30, côté jardin.
À l’heure convenue, je m’y rendis avec Gertrude Soucy, ma copine de classe, question de partager ce beau moment avec mes parents. Nous étions plus de 40 000 spectateurs à avoir eu le même coup de cœur, mais maman n’était pas là où je l’attendais : quand j’ai levé les yeux vers la grande scène, je l’ai vue qui me faisait de grands simagrées, le sourire fendu jusqu’aux oreilles. Elle était assise sur la scène, avec un Jean-Louis plutôt inconfortable à ses côtés. Nous avons su par la suite qu’elle s’était informée au régisseur à savoir pour qui étaient les chaises vides à côté des moniteurs. On lui avait répondu : « Pour les gens de Natashquan ». Sans réfléchir plus longuement, elle avait répondu : « Justement, j’en suis! » On l’a donc accueillie à bras ouverts avec tous les autres Autochtones de la Basse-Côte-Nord. Papa voulait mourir parce qu’il avait peur que Gilles Vigneault le répudie! Malheureusement, toutes les chaises étaient déjà occupées à mon arrivée. J’aurais menti volontiers pour me retrouver là moi aussi. |