
La fileuse
Paroles et musique
Ma vie de jeunesse trouve encore écho dans la valeur des amitiés entretenues chaudement depuis l’époque de mes 18 ans. Salutations et affection à vous tous, mes amis et complices du collège Ahuntsic et des Chanteux!

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Chapitre 3 - La vie de jeunesse
Le mime (1973-1975) extrait...
À l’automne 1973, ma petite routine de travailleuse étant bien établie, j’avais ressenti le besoin de laisser ma tête un peu de côté et d’exulter davantage, avec mon corps. J’avais hésité entre les cours de danse moderne et les ateliers de théâtre. Mon choix s’était finalement arrêté sur les ateliers de mime, au centre Calixa-Lavallée situé en plein cœur du beau parc Lafontaine.
D’un samedi à l’autre, le lieu demeurait attirant mais jamais autant que l’énergie et la douce folie du groupe de débutants dont je faisais partie. Je n’avais pas mis trop de temps à réaliser que parmi eux, certains avaient définitivement plus de talent que d’autres. Heureusement, ces mêmes étoiles montantes ont partagé leur amour du médium sans aucune forme de snobisme et surtout sans retenue. Pierre Thibodeau, notre professeur, avait mis sa patience à rude épreuve en nous guidant pour monter tous ensemble un spectacle de fin d’année qui fut d’ailleurs présenté une seule fois au printemps suivant. Il fallait être motivés! Après des heures de tâtonnements, d’essais et d’erreurs, nous avions finalement choisi de nous faire les dents avec Les animaux malades de la peste de Jean de La Fontaine.
J’y jouais le rôle d’un oiseau solitaire, le wézi-wézo, marchant sur la pointe des pieds du début à la fin des trois actes. Nous avons eu un plaisir fou à confectionner nos masques et nos costumes et à laisser libre cours à notre spontanéité. C’était une vraie chance, parce que mes amours battaient de l’aile et comme wézi-wézo, je perdais des plumes toutes les fois que je remettais le nez dans mon nid. Au printemps 1974, j’étais donc remontée sur scène pour la première fois depuis les petites pièces de théâtre présentées devant le curé de Saint-François, sur les planches de l’école Notre-Dame-du-Pardon. Quelle belle piqûre!
Et puis, en 1975, ce fut l’année internationale de la femme. Blessée et attisée par mon grand amour déçu, j’ai lu tout ce qui était jugé féministe à l’époque, de Benoîte Groulx à Maryleen French. Je n’ai jamais manifesté avec mon soutien-gorge au bout d’un bâton, mais je gardais les yeux ouverts, les dents pointues et les ongles longs. Les machos avaient affaire à se tenir loin! J’étais piquante! Heureusement, le mime m’aura permis de revenir au monde dans un corps qui m’appartenait enfin. Il me restait juste à découvrir ce que le monde me réservait de plus beau. J’avais acquis dans ce parcours un grand sentiment de liberté et je me sentais aussi légère que mon wézi-wézo.
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