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On va déménager c’printemps
Paroles et musique

Durant une période intensive de cinq ans, j’ai trié, rempli et vidé avec entrain des centaines de boîtes de toutes sortes. D’un déménagement à l’autre, la formule des petits pas nous a menés lentement mais sûrement vers la vie rêvée.


Chapitre 4 - La vie rêvée (1979-1984)

Le funambule (1979) extrait...

C’est au Funambule que nos épidermes étaient entrés en contact pour la première fois. Il y avait bien eu des regards interrogateurs, des chansons partagées, quelques mots échangés et des soirées en grand groupe où chacun y trouvait sa place, mais je dois avouer qu’il a fallu un certain temps pour apprivoiser ce personnage plutôt spécial qui s’infiltrait doucement dans ma vie. Je commençais à peine à apprécier ma nouvelle condition de célibataire que déjà ce ménestrel faisait tinter des cloches sous ma fenêtre.

Il était arrivé aux veillées des Chanteux en coup de vent, juste sur une patte, en compagnie de sa sœur et de son beau-frère, ou était-ce sa belle-sœur et son frère? Il portait fièrement un vieux chapeau de feutre noir qui camouflait un peu sa permanente défraîchie. Son grand sourire laissait entrevoir un partiel usé en oblique et son accoutrement ne permettait aucunement de deviner qu’en plus, il était le père de trois enfants! Stupéfaction! Pour en remettre encore un peu, il s’amusait à dire qu’il travaillait pour des Juifs, comme boucher spécialisé en viande cachère. Même en faisant des efforts, j’étais incapable de l’imaginer avec ses longs couteaux dans une main et sa petite mandoline dans l’autre. C’était quoi la farce? Je n’arrivais pas à croire ce que je voyais et entendais. Un spécimen rare!

On dit souvent que la première impression fait foi de tout. Erreur! À la première rencontre, son rythme speedy me tapait joliment sur les nerfs et de son côté, il croyait que j’étais une sœur avec mon col roulé blanc qui mettait probablement en lumière mon air calme et serein. Son grand sens du défi lui avait aussitôt donné le goût de soulever le voile qui dissimulait ma vraie personnalité. Mais ça, je l’ai compris un peu plus tard…